“environ 1,2 million de personnes déclarent avoir subi une atteinte raciste” (1)

Résumé :

Le documentaire suit un militant du Front national de ses premiers engagements au sein du parti jusqu'à son départ. Régnier est militant de ce parti depuis déjà cinq ans, et accélère son engagement à l'occasion de la campagne présidentielle de 2017. On le suit notamment auprès des grandes figures du parti comme Philippot et Marine Le Pen. Il passe alors de l'administration de la permanence locale et de la distribution de tracts, à la production de vidéos pour Philippot, le numéro deux du parti. Endossant son costume de politicien et sa cravate, il a néanmoins des difficultés à masquer son passé mouvementé, notamment son ancienne appartenance aux skinheads.

Notre avis :

Ce film permet de s'immerger dans l'esprit d'un membre du RN, et la manière dont il laisse la parole sans justifier ce qui est dit est un équilibre très juste. Il permet de comprendre les méchaniques qui poussent à adhérer a l'extreme droite, et son format d'interview le rend beaucoup plus accecible qu'un documentaire plus classique et il nous semble essentiel pour mieux connaitre et donc combattre l'extrême droite aujourd'hui.

Résumé :

1984 est communément considéré comme une référence du roman d'anticipation, voire de la science-fiction en général. La principale figure du roman, Big Brother, est devenue une figure métaphorique du régime policier et totalitaire, de la société de la surveillance, ainsi que de la réduction des libertés.

C'est un livre-phare, apologie de la liberté d'expression contre toutes les dérives, y compris celles des sociétés démocratiques, qui peuvent vite sombrer dans le fascisme

Notre avis :

Ce livre est très simple a lire, et surtout encore très actuel; il fait par exemple parti des premiers livres interdits dans les écoles au états uni sous la gouvernance de Trump. Il permet de se questionner sur les dérives de nos sociétés et il prend un nouveaux sens a l’ère des réseaux sociaux.

Résumé :

Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, Marco doit à une mystérieuse malédiction d'avoir troqué sa tête d'humain contre un groin de cochon. Il n'en continue pas moins de piloter son avion de combat et s'acharne contre les pirates de l'air qui terrorisent l'Italie. Sa seule consolation sur cette terre est d'aller boire un verre. Les pirates parviennent à mettre Marco en échec. Plus grave encore, l'appareil du pilote porcin est endommagé. A Milan, où Marco tente de faire réparer son engin, une petite fille débrouillarde et experte en mécanique vole à son secours...

Notre avis  :

Bah c’est un Miyazaki évidemment que c’est génial quoi. Dans la forme, le film, l’image, le son sont vraiment magnifiques. Surtout, les personnages sont tous très attachants, l’histoire est sérieuse mais son traitement reste léger. Il est parfait pour se poser avec un petit chocolat chaud et un plaid en automne !

Résumé :

Dans un lycée de l'Allemagne des années 2000, Rainer Wenger est un prof d’histoire. Il décide de conduire une expérience sur la dictature, face à l'incrédulité de ses élèves quant à la possibilité d'une renaissance d'un régime autoritaire.

Il met petit à petit en place tous les éléments d'une dictature: un symbole (une vague), un salut, un uniforme (une chemise blanche et un jean) et des règles strictes, comme appeler le professeur par son nom et non plus par son prénom. Il s'impose comme leader et dirige l'activité, certain des bienfaits que peut apporter l'expérience à ses élèves. On verra donc l’évolution de ce mouvement et surtout de ses élèves.

Notre avis :

Le film est super intéressant car il explore comment le fascisme peut renaitre facilement. Il se base sur un vrai événement, "La Troisième Vague", une étude expérimentale sur un régime autocratique, menée par le professeur d'histoire Ron Jones avec des élèves de première en 1967. Il montre concrètement comment un régime autoritaire se met en place, en utilisant un exemple simple auquel on peut relate.

Résumé :

"J'écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n'ont pas envie d'être protecteurs, ceux qui voudraient l'être mais ne savent pas s'y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l'idéal de la femme blanche séduisante qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu'il n'existe pas."

En racontant pour la première fois comment elle est devenue Virginie Despentes, l’autrice conteste les discours bien-pensants sur le viol, la prostitution, la pornographie. Manifeste pour un nouveau féminisme.

Notre avis :

Ce livre ne réinvente pas la roue et n'expose pas des théorie nouvelles et révolutionnaires si l'on s'est déjà intéréssé au féminisme, mais permet plutôt un état des lieux. L'écriture de Despentes est acide et crue, et volontairement choquante, mais sert je pense parfaitement les propos du livre. Il permet d'entendre une voix parmi celles qui sont rarement entendues et c'est ce qui en fait un ouvrage précieux.

Résumé :

L’action de son roman se déroule en 2 500. La société est divisée en sous-groupes d’inégale importance : des individus alphas qui constituent la caste supérieure aux epsilons qui font partie de la caste inférieure. Dans cette société, la reproduction est totalement artificielle : c’est une reproduction sélective réalisée dans ses éprouvettes (le propre frère d’Aldous Huxley est un généticien partisan de l’eugénisme). Le conditionnement, directement lié à la société de consommation, dirige les goûts et les loisirs de tous. Les individus qui ne rentrent pas dans les cases sont parqués dans des réserves et appelés les “sauvages”.

Notre avis :

Les thèmes qui y sont abordés reste d'actualité. Il permet un nouveaux regard sur les classes sociales, mais aussi dans une certaine mesure sur le transhumanisme, ou encore sur le lien entre éducation et propagande. C'est vrai qu'il est parfois un peu long et descriptif mais la société dépeinte est assez fascinante pour que le lecteur reste accroché. Si il vous a plus n’hésitez pas a aller checker les recueils de nouvelles de Huxley qui sont aussi très cool !

Résumé :

Au début des années 1970, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.

Notre avis :

Ce film, tiré d'une histoire vrai, montre l'absurde du KluKluxKlan, et meme si il fait rire, il montre la réalité du racisme sytémique américain. Dans le contexte actuel de la résurgence d'un racisme qui devient étatique il permet de se replonger dans une part de l'histoire des états unis qui est bien moins souvent traitée au cinéma mais qui reste il me semble, clefs pour comprendre les évènements actuel. Il est par ailleurs porté par de super acteurs !

Au-delà des œuvres, les artistes eux-mêmes peuvent aussi s’engager dans la lutte contre le fascisme. Nous avons alors choisi de vous présenter plus en détails l’une de ces artistes, nulle autre que Theodora messieurs dames !

LE DRAG EN TANT QU’ART POLITIQUE

  • INTRO : Qu’est ce que le drag ?

   Le drag est une pratique artistique performative. C’est à la fois un art de la transformation, du divertissement et de la revendication. En effet, cette pratique prouve que le genre est une construction sociale.

Qu’est ce qu’une Drag Queen ? 

Une Drag Queen, c’est une personne qui utilise les codes féminins pour incarner un personnage sur scène

Qu’est ce qui n’est pas une Drag Queen ?

> Un transformiste est une personne qui se déguise et se maquille pour ressembler le plus possible à une célébrité (exemple : Cabaret « Chez Michou »). A l’inverse une Drag Queen crée son propre personnage avec une personnalité et des traits de caractère.

> Une Drag Queen n’est pas forcément une personne transgenre. 

Rappel : La transidentité c’est une personne dont le genre assigné à la naissance ne correspond pas au genre qu’iel ressent et vit.

Le drag est un art ouvert à tout le monde ! Il peut être pratiqué par des femmes, des hommes, des cisgenres, des non-binaires, des personnes trans.

Vocabulaire du Drag :

> Queer : communauté dont le genre, l’identité ou l’orientation sentimentale et sexuelle ne correspond pas aux modèles dominants. C’est une communauté marginale avec une forte revendication politique.

> Sororité : solidarité entre femmes. 

> Shade : moquerie d’une Drag Queen à l’autre, dans le but de faire rire, mais sans blesser.

> Lip sync : playback sur scène, devant un public. C’est le b-a-ba du drag. Dans quasiment tous les spectacles de Drag, il y a du lipsync.

> Drag King : personne qui utilise les codes de la masculinité pour incarner un personnage sur scène.

> Club Kid, drag creature : drag qui n’a pas de genre.

  • L’histoire du drag : 

Les origines du mot “drag”  : 

  • 17e siècle = dans le théâtre shakespearien, les femmes n’avaient pas le droit de monter sur scène, donc les hommes s’habillaient en femme pour jouer leur rôles. DRessed As a Girl = Drag
  • les travestis qui laissaient traîner leur jupon. En anglais “laisser trainer” = to drag
  • “queen” : nom d’argot pour parler des gays

La chronologie des origines du drag :

   Nous pouvons voir apparaître les premières formes de drag au 17e siècle, à l’époque où les théâtres étaient très fréquentés. À cause du patriarcat d’autant plus violent à cette époque, les femmes n’avaient pas le droit de jouer au théâtre. Ainsi, les rôles féminins étaient joués par des hommes qui se déguisaient. Mais à cette époque, on parlait plus de travestissement et d’incarnation d’un rôle le temps d’une pièce.

  Malgré la montée du fascisme et des mouvements anti-drag aux Etats Unis, le drag est né essentiellement en Amérique avant de s’étendre dans les autres continents. Une des personnes emblématiques de la naissance du drag est William Dorsey Swan. Il est né esclave puis est devenu le premier résistant et activiste queer. Lui et sa famille ont été libérés en 1865 grâce à la proclamation d’émancipation. Grâce à sa liberté, il se forge une place dans la communauté noire queer américaine. Plus tard, il organise des fêtes secrètes considérées comme les premiers bals drag et les premières traces du ballroom. William Dorsey Swan est la première personne aux Etats-Unis à s’identifier comme “drag queen”.

   La montée du fascisme et les lois interdisant le travestissement conduisent William Dorsey Swan en prison. Il est accusé d’avoir organisé une maison close.

   À la fin du XIXe siècle, nous retrouvons beaucoup de vaudeville, un genre de théâtre où des ménestrels jouaient, chantaient et faisaient de la musique qui se moquait de la culture africaine. Ils se moquaient d’abord des hommes africains, puis de plus en plus des femmes africaines. Ils se déguisaient et se maquillaient en femmes noires pour les tourner en dérision, notamment en faisant des blacks faces. Ces spectacles n’avaient évidemment rien de militant ou de progressiste, au contraire, ils étaient racistes et humiliants pour les personnes noires. Cependant, même si ces pratiques ne sont pas celles à retenir, elles font partie des premières formes de drag que nous avons pu voir apparaître au cours de l’histoire. En effet, sur scène, les hommes utilisaient des codes de la féminité, tels que des robes en soie ou du maquillage, pour incarner des femmes. Ces derniers étaient appelés The Wench Players. Le vaudeville connaît un déclin entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, car il était de plus en plus associé à la prostitution et à l’homosexualité.

   À la même époque, nous retrouvons les Prima Donnas, une forme plus évoluée et raffinée des Wench Players. Ces personnages sont inspirés des acteurs shakespeariens, construits avec une forte influence de la culture européenne. Ils étaient connus pour faire des spectacles où ils faisaient de la comédie et où ils dansaient, mais surtout où ils changeaient de costumes sur scène. Ce sont les prémices de ce qu’on appelle aujourd’hui les “outfit changes”.

   Avec ces derniers mouvements, nous ne parlons toujours pas réellement de drag, mais plus de travestissement. Ainsi, on a vu passer ces représentations de pièces de théâtre mainstream, que tout le monde pouvait aller voir, à ce qu’on appelait à l’époque des “night clubs”. Cette évolution a permis aux personnes queers de créer une communauté dans un lieu où ils pouvaient échanger et se serrer les coudes en toute liberté.

   Pour continuer à survivre dans une société guidée par des codes hétéronormés et des lois répressives, la communauté queer a dû se battre. Au XXe siècle, on voit apparaître les premiers soulèvements et les premières manifestations des personnes queers. Parmi les nombreux événements clés et décisifs de cette longue révolte, on retrouve l’émeute au Cooper Do-nut en mai 1959 à Los Angeles. Avant l’émeute, des policiers venaient régulièrement dans ce café pour contrôler l’identité des clients, mais ils ciblaient surtout des personnes queers. Ils vérifiaient les cartes d’identité, et si le sexe inscrit sur la carte ne correspondait pas à l’apparence physique de la personne, ils l’emmenaient en prison (le romancier John Rechy qui s’est fait arrêter, raconte son expérience dans son livre City Of Night). Suite à ces répressions, les clients se sont révoltés contre la police jusqu’à créer une émeute. Cet acte est considéré comme le premier soulèvement queer aux Etats-Unis. De même, en 1966 à San Francisco, des émeutes queers contre les violences et les discriminations policières ont lieu au Compton’s Cafeteria. Mais la manifestation la plus importante à retenir est l’émeute de Stonewall en 1969. À cette époque, l’homosexualité est interdite dans tous les états de l’Amérique (sauf dans l’Illinois). Les personnes queers subissaient énormément de violences verbales et physiques de la part des policiers et des citoyens. Ils n’avaient pas de droits et donc ils n’étaient pas protégés, c’est pour cela qu’ils étaient obligés de se cacher pour vivre. Ils créèrent des espaces où ils pouvaient être libres, tel que le bar de Stonewall, proche de Manhattan. Dans la nuit du 28 juin 1969, des policiers sont entrés dans le bar, et ont tiré sur les clients. Il n’y a pas eu de morts, mais cet acte est le reflet de la discrimination et de la violence que subissaient les personnes queers par la société. Le régime autoritaire installé à l’époque (et encore aujourd’hui avec Trump) visait à invisibiliser et réduire au silence les personnes queers par la peur et la violence. L’aspect positif de ces nombreux actes de révoltes est qu’un an plus tard, en juin 1970, a lieu la première Gay Pride. Elle fut nommée ainsi à cette époque, parce que cette manifestation a été réappropriée par les hommes blancs homosexuels, car c’étaient les personnes les plus visibilisées de la communauté queer. Nous restons dans une société patriarcale qui laisse la place essentiellement aux hommes, même dans les minorités. Cependant, ce mouvement est la représentation de la culture comme révolte contre un gouvernement répressif qui met en péril la liberté d’expression.

> Rappel : aujourd’hui, le mouvement s’est étendu et concerne toutes les personnes queers et minorités sexuelles, ainsi, on l’appelle la “Pride” ou “Marche des fiertés” pour inclure tout le monde. Par ailleurs, de nos jours (pas dans tous les pays) cette manifestation est globalement festive et joyeuse, alors qu’à l’époque, c’était une révolte avec beaucoup de violences. Ces personnes ont dû se battre et se mettre en danger pour avoir le droit d’exister.

Ce sont grâce aux personnes noires et aux personnes transgenres que les Drag Queens et les queers ont autant de libertés et de droits aujourd’hui, car au-delà d’être un art esthétique, c’est avant tout un art politique !

   Après une baisse en popularité, le drag renaît dans les années 80 avec le développement de la scène queer, notamment dans les clubs de new York par exemple. Enfin, le drag explose dans les années 2010 avec l’arrivée de l’émission RuPaul’s Drag Race et ses déclinaisons internationales, qui devient un vrai phénomène de la pop culture, et qui propulse le drag dans la culture mainstream.

Plusieurs figures artistiques et politiques importantes dans la lutte LGBT :

  • Marsha P. Johnson (1945 – 1989)

Drag queen et activiste LGBT, elle se battait pour la cause de la séropositivité. Engagée dans l’association contre le sida “Act Up” à New York, elle était le symbole des émeutes de Stonewall. En 1992, son corps a été retrouvé flottant dans l’Hudson, 2 jours après une Pride. La cause de sa mort n’a pas fait l’objet d’une enquête approfondie, étant donné que les personnes queers n’avaient aucun droit à cette époque. Ainsi, la police n’a pas cherché à comprendre et a fait passer sa mort pour un suicide. L’affaire a été classée et oubliée, comme la mort de milliers de personnes queers, et souvent racisées. Cette histoire est un des nombreux exemples du manque de considération qu’offre la société aux personnes queers et racisées.

  • Divine (1945 – 1988)

Avant de faire du drag, Divine participe très tôt à des bals transformistes où il imite Elizabeth Taylor. Il a joué dans de nombreux films reconnus par la communauté LGBT, tels que Polyester, Multiple Maniacs, ou encore Pink Flamingos. Elle se fait connaître, car c’est une des premières drag queen à se faire une place dans la culture plus mainstream comme le cinéma ou la musique. Elle était appréciée pour son caractère décalé et trash qui a marqué les esprits. 

  • Leigh Bowery (1961)

Il était une figure incontournable de l’art queer Londonien des années 80. Il était surtout connu pour ses créations de mode qui sortaient du lot par leurs originalités. Malgré la popularité et la reconnaissance qu’il avait gagnées grâce à son art, il refusait de vendre ses créations. Il se faisait d’autant plus remarquer en étant contre cette mentalité capitaliste. Comme si son parcours n’était pas déjà assez large et impressionnant comme ça, Leight Bowery serait à l’origine du terme “camp” qui a inspiré toute une culture et une communauté. Le camp est l’art d’exagérer, de provoquer et d’en faire trop volontairement, en réaction aux drames, et la violence auxquelles sont soumises les personnes queers. Au fil du temps, cette culture est restée et s’est manifestée comme un moyen de survie pour les personnes queers. 

sources

Documentaire Netflix : “Marsha P. Johnson : Histoire d’une légende”

Vidéo youtube de Gaïa Imperial : https://www.youtube.com/watch?v=E_Qn029oMkE 

Articles “Celles Qui Osent” : https://www.celles-qui-osent.com/culture-drag-queens/ 

Texte : “De la scène à la rue : parcours d’un drag politique”, Marion Mhkzo Cazaux

https://univ-pau.hal.science/hal-04065879/file/FA40_03_11_Marion_Cazaux_1.pdf 

  • Le drag en tant que critique politique : 

   Ainsi, une part essentielle du drag est sa nature POLITIQUE. Le drag est une critique du genre, mais aussi de la société de manière générale ! Par exemple le racisme, l’exploitation des personnes les plus pauvres, etc. Tout d’abord en représentant le genre comme performance : le montrer sur scène, c’est souligner que ce qui peut nous sembler “naturel” est en fait culturel et construit. Si le drag peut parfois paraître misogyne car caricaturant des symboles de la féminité, il faut garder à l’esprit qu’il ne caricature pas les femmes, mais bien l’artificialité du genre. D’ailleurs, comme dit plus tôt, il existe aussi des drag kings, qui sont eux des critiques de la masculinité toxique.

   De plus, le drag s’offre la plupart du temps comme un espace de critique sociale et politique. Sur scène, les artistes dénoncent les conditions de vie des personnes les plus précaires, s’attaquent à des personnalités politiques de droite et d’extrême droite etc (par exemple la performance caca moudenc de la Drag N Cult).

Il arrive d’ailleurs souvent que la pratique du drag s’accompagne aussi d’un engagement politique, comme vu dans le documentaire de Pétasse du ravin par exemple (disponible en dessous de cet article).

  La scène drag et sa communauté ont donc joué un rôle majeur dans plusieurs luttes qui ont mené à de réels changements politiques

Par exemple lors des émeutes de Stonewall en 1969, à New York, des personnes queers, trans et des drag queens se sont révoltées contre les violences policières dans un bar fréquenté par la communauté LGBT, à l’époque où être queer était encore un crime. Stonewall est devenu un symbole du début du mouvement de libération LGBT+. Le drag y était important, car il représentait déjà une manière de contester les normes de genre et de revendiquer le droit d’exister publiquement.

De plus, pendant l’épidémie du sida dans les années 1980, qui a touché très durement les communautés gays et queers, le drag a aussi joué un rôle essentiel. Alors que beaucoup de malades étaient rejetés ou ignorés, les artistes drag ont aidé à soutenir la communauté, à récolter de l’argent et à garder des espaces de solidarité et de visibilité. Le drag a donc été à la fois une forme d’art, de résistance et d’engagement politique.

Pourtant, aujourd’hui, cette dimension politique est de plus en plus fragilisée, voire vidée de sa substance. L’une des causes majeures de cette transformation est sans doute la récupération capitaliste du drag. Ce qui relevait autrefois de la marge, du bricolage, de la débrouille et de la contre-culture est devenu un produit culturel rentable quand il est devenu mainstream, car il doit répondre aux attentes d’un public différent. 

Cette transformation est particulièrement visible avec RuPaul’s Drag Race, une émission qui a largement contribuée à rendre le drag populaire à l’échelle mondiale. La visibilité offerte par l’émission est réelle et importante ; elle a permis à de nombreuses personnes queers de découvrir le drag, de s’y identifier, et parfois même de commencer le drag. Mais cette visibilité a un prix : Drag Race impose aussi une forme de normalisation. Le drag y devient souvent une pratique de la compétition, mais surtout de l’auto-entrepreneuriat. C’est à dire qu’il faut être “marketable”, et souvent, cela passe par le fait de perdre en dissidence, et donc en impact politique.

   Cette normalisation produit aussi une hiérarchie très claire entre les formes de drag considérées comme légitimes et celles qui restent marginalisées. L’exemple le plus frappant est celui des drag kings, largement invisibilisés dans l’imaginaire médiatique dominant du drag. Alors même qu’ils interrogent de manière frontale la masculinité et ses codes, ils occupent encore une place secondaire dans les représentations mainstream. On peut aussi penser aux artistes qui ne rentrent pas dans les canons de beauté, mais qui restent des piliers du drag : les personnes trans, racisé.es, gros.ses… 

Cette mise à l’écart n’est pas anodine : elle montre que ce qui est aujourd’hui le plus valorisé dans le drag, ce n’est pas nécessairement sa capacité à critiquer le genre, mais sa capacité à produire une féminité spectaculaire, glamour, et surtout consommable. En ce sens, le drag contemporain n’échappe pas toujours aux logiques sexistes qu’il prétend parfois subvertir. 

   Cela ne signifie pas que le drag contemporain aurait totalement perdu sa force politique. Il existe encore, partout, des scènes drag locales, collectives, militantes, précaires, expérimentales, qui continuent de faire du drag un outil de contestation, de soin et de réinvention du genre, comme par exemple la drag N cult. C’est pour cela qu’il est super important de soutenir sa scène locale. Mais il faut reconnaître que la popularisation du drag s’est accompagnée d’un déplacement de son sens : de pratique marginale et politique, il est souvent devenu performance culturelle qui a besoin d’être rentable